Exposition Thibault Laget-Ro à la galerie d’art


Dans le cadre du réseau d’espaces d’art actuel en milieu scolaire,soutenu par l’académie de Normandie, la DRAC Normandie et la Région Normandie, la galerie d’art du lycée reçoit depuis mercredi l’exposition de Thibault LAGET-RO.
Pour des raisons pratiques, le vernissage aura lieu à la fin de l’exposition, le lundi 16 décembre de 13 à 14h. Vous y êtes chaleureusement conviés.
12h00 de médiation sont prévues auprès de l’ensemble des élèves de l’option arts plastiques, de quatre classes des collèges Challemel Lacour et La Chaussonnière et de deux classes de CM2 de l’école P Mendès-France, les 16 et 17 décembre.

Avant cela, des élèves volontaires ouvrent l’espace aux horaires indiqués ci-dessous. N’hésitez pas en leur présence, à passer voir cette exposition...

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Horaires 2 au 6 décembre
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Horaires 9 au 13 décembre

A suivre un texte destiné à l’appréhension des œuvres présentées :

"Par ses coloris pastel et son traitement en aplats, la peinture de Thibault Laget-Ro semble parfaite, au premier coup d’œil, pour traduire l’insouciance et communiquer le merveilleux bonheur de notre société de consommation. Cet aspect lisse masque — pour le révéler autrement — un versant plus âpre de la réalité.
Sur le sable d’une plage ensoleillée, les vacanciers se prélassent ou s’ébattent. Le soleil, au bord des parasols multicolores, frit doucement les peaux graissées d’huile parfumée. Tout respire la joie de vivre. Quand débarquent soudain au milieu de cette image convenue du bonheur, arrivés de l’autre côté de l’horizon, des hommes, des femmes et des enfants harassés qui ont fui la guerre ou la misère sur des embarcations de fortune. De même, sous l’eau, un enfant qui paraissait folâtrer dans les vagues se révèle être un jeune migrant en train de se noyer, tombé sans doute de l’un de ces nouveaux radeaux de la Méduse qui s’aventurent dans la traversée du Mare Nostrum.
La mer n’a manifestement pas la même signification pour tous, selon le lieu où l’on est né. Voilà ce que semblent dire, à mots voilés, les toiles versicolores de Thibault Laget-Ro. Car la suavité des tons qu’il utilise, leur trompeuse gaieté, contrastent avec le sujet des scènes inspirées de grands reporters photographiques. Le traitement en aplats, qui bannit toute aspérité, vient accentuer encore ce décalage entre forme et fond, style et motif. On ne sait qui ment, du sujet ou de la couleur, et ce paradoxe fait jouer une note d’ironie.
La palette et la manière de Thibault Laget-Ro ne sont pas sans éveiller des échos du pop art et de la figuration narrative. Mais son choix procède avant tout d’une réflexion sur la couleur et d’une intention quant à la manière, graphique, synthétique, de rendre les figures, à l’écart du réalisme comme du symbolique. « Dans la figuration, argue le peintre, on a tendance à faire concorder une couleur et un sentiment pour valider une intention, à augmenter même les contrastes pour influencer le regard, comme on le fait dans le marketing. Pour ma part, j’utilise des couleurs qui ne correspondent pas à l’attendu du sujet. »
Dans le même esprit, les portraits que présente Thibault Laget-Ro — des portraits de migrants — apparaissent quasiment sans visage. Ou tout du moins sans personnalité, sans identité véritables, l’expression étant réduite à quelques traits soulignés d’ombre, quelques taches de couleur, et à la posture de la silhouette générale. Comme grimé, ou masqué, le visage n’est ici qu’une idée de visage. « Je ne suis pas un peintre engagé, je suis dans le constat, je ne suis que le témoin de mon époque  », dit Thibault Laget-Ro. Ce parti pris de neutralité n’est évidemment qu’un leurre, un masque. L’absence de traits, ou presque, sur les visages des personnages dissimule un chaos innommable : elle camoufle les tourments d’un monde intérieur autant qu’elle éclipse la violence du dehors. La surface voile la profondeur. Et le reflet, qui aplatit la représentation, en atténue l’effet."

Jean-Pierre Chambon
in Périphériques n°87, janvier 2019.